Belinda Leduc-Pollard,

Artisans d’Avenir s’est arrêté sur la route de la brodeuse Belinda Leduc-Pollard, créatrice de la Maison Abel. Passionnée, en quête d’expérimentation sur les matières, elle semble aussi habile entrepreneuse qu’artisan d’art. Belinda nous dévoile son parcours loin des sentiers battus.

 

Quand as-tu décidé de devenir brodeuse ?

Après une licence en Arts Plastiques à l'Université de Rennes, puis un master en cinéma à Bruxelles, je suis entrée à la Fémis en 2008 pour 4 ans, pour devenir productrice de cinéma. Pendant 4 années, j'ai produit des courts et long-métrages, j'ai fondé une société de production, tout fonctionnait bien mais je ne m'épanouissais pas, ce milieu n'était plus en adéquation avec mes valeurs et mes envies créatives. J'ai donc entamé une reconversion professionnelle en 2016.  Au début je me suis orientée vers la couture, j'ai expérimenté plusieurs médiums pendant une année. J'ai vraiment su que j'allais changer de métier le jour où j'ai commencé à broder.

 

Quelle a été ta motivation principale ?

C'était surtout un besoin, j'avais mis de côté ma pratique artistique depuis 2008, j'avais besoin de reprendre ce processus créatif qu'est la recherche, l'expérimentation, l'apprentissage de nouvelles techniques.

 

Où trouves-tu ton inspiration ?

Au début, j'ai beaucoup puisé mon inspiration dans les représentations du vivant ;  du marché du dimanche aux créatures littorales, des atlas botaniques aux oiseaux de printemps... Le biotope des bijoux brodés de Maison Abel se déclinait dans une recherche et une retranscription graphique et lumineuse de ces éléments naturels.

En ce moment, je travaille différemment. Je suis sur un projet de recherche plus personnel, avec une exposition de grands formats brodés et des pièces qui seront des « bijoux sculptures », alliant broderie et travail du métal. C'est au programme pour 2020.

 

Où as-tu été formée ? et qu'est-ce que cette formation t'a apportée en particulier ? Peux-t-on être autodidacte ?

J'ai suivi une formation de modélisme et couture au lycée Paul Poiret avec le Greta de la mode et du design, puis une année de formation en Stylisme «Création d'une collection» toujours  à Paul Poiret. Ce fut une année déterminante pour mon projet de création d'entreprise. En parallèle, j'ai appris la broderie en autodidacte, avec des livres et des vidéos. Au bout d'une année,  j'ai ressenti le besoin de faire évoluer ma pratique pour pouvoir donner vie à des projets plus poussés, mais aussi me professionnaliser en temps qu'artisan d'art. J'ai suivi pendant un an une formation en cours du soir au Lycée Octave feuillet. J'ai obtenu mon CAP de broderie d'Art à la main en juin dernier.

 

Quel a été ton parcours après ta formation ?

J'ai rapidement travaillé en haute couture, pour le défilé FENDI. Ce fut une expérience très riche et totalement différente de mon quotidien de brodeuse, souvent assez solitaire.

Depuis mon diplôme, je donne des cours de broderie au fil d'or. La transmission de mon métier d'artisan d'art me tient beaucoup à cœur. Les rencontres qui naissent de ces ateliers, le dialogue autour de la broderie sont des moments que j'affectionne de plus en plus.

Quelle est pour toi la clé de l'apprentissage d'un métier comme la broderie ?

Pour moi, la clef, c'est de tester, encore et encore. Persévérer et se donner des défis. Quand la technique vous manque ou la matière vous bloque, tenter de la comprendre et se donner le temps pour la maîtriser.

 

Quelle matière travailles-tu ?

Je travaille avec des matériaux de qualité que je source avec attention et exigence. Pour la broderie d'or, cannetilles et jaseron sont constitués d'une base cuivre recouverte d'argent puis plaquée or, les fils de soie viennent exclusivement de chez Au ver à soie, les fils métallisés proviennent de la Maison Sajou, fabriquant de fil à broder du Nord de la France.

 

C'est dur de vivre ce métier ?

C'est une grande chance. Je crée, je fabrique, je me nourris chaque jour du dialogue avec des artisans, des artistes, des architectes, des cinéastes. Il faut être polyvalent, avoir « un peu » la fibre entrepreneuriale, et ne se fermer aucune porte.

Il y a des mois plus difficiles que d'autres, des moments de vides et d'autres surchargés, des journées à ne faire que des factures ou des dossiers, des photos et de la communication...mais c'est aussi ça que j'apprécie, chaque journée est différente et être artisan d'art c'est toucher à tout. On ne s'ennuie jamais !

 

 

Quelque chose à ajouter ?

Nul besoin de matériel compliqué pour broder, un fil, une aiguille et vous pouvez donner vie à tellement de choses. La broderie permet un déploiement de la créativité qui est très riche que ce soit d'une façon ludique ou à travers des projets plus complexes et techniques.

 

Un article paru sur le site internet de Artisans d'Avenirs

https://www.lesartisans.paris/maison-abel

 

 

Formation

 

2018-2019_ CAP Broderie d’Art dominante broderie main

 

2017-2018_ Formation professionnelle « STYLISME–création de collection » Lycée

Paul Poiret, Paris - GRETA de la Mode et du Design.

 

2017_ Formation professionnelle- « MODELISME, transformation et création de

modèles de couture » Lycée Paul Poiret, Paris – GRETA de la Mode et du Design.

 

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2008/2012_ ENSMIS / La FEMIS, département PRODUCTION CINEMA

 

2006/2008_ Master en ELICIT Théorie du cinéma : écriture et analyse de scénario. Université libre de Bruxelles.

 

2003/2006_ Licence en Arts Plastiques. Université Rennes 2